Deux fois par an, Christie’s et Sotheby’s donnent à New York des ventes exclusivement réservées aux artistes latino américains. Depuis le lancement de ces vacations thématiques, qui attirent en grande majorité des collectionneurs et institutions culturelles du cru, Frida KAHLO, Diego RIVERA, Wifredo LAM, Roberto MATTA, Sergio DE CAMARGO et Rufino TAMAYO sont quelques unes des signatures critiques pour la bonne ténue de l’événement.
Au jeu des records, les signatures les plus chères sont bien sûr les plus mythiques, en l’occurrence celles de Diego et de Frida dont les meilleures enchères se hissent respectivement à 2,8 m$ et 5m$ (Baile en Tehuantepec vendue en mai 1995 chez Sotheby’s et Roots adjugée par la même maison en mai 2006).
Frida Kahlo est donc plus cotée que Diego . Logique, face à la pénurie d’œuvres et à la notoriété de l’artiste. Dix toiles de Frida Kahlo ont été proposées sur le marché en 20 ans … une denrée trop rare pour ne pas s’arracher un autoportrait de 18 cm au-delà du million de dollars (Self Portrait with Curly Hair de 1935, adjugée 1,2 m$ le 18 novembre 2011 chez Christie’s). Pas un Frida Kahlo à se mettre sous le marteau en 2013 , lorsque douze œuvres signées du prolifique Rivera furent proposées ces cinq derniers mois. Outre les dessins adjugés entre 13 000 $ et 50 000 $, l’une des plus belles acquisition d’un Rivera est ce portrait d’enfant à l’huile de 1957, adjugé 70 000 $ le 29 mai 2013 (87 500 $ avec les frais, Retrato del Niño Don Lorenzo Eduardo Villaseñor, Sotheby’s).
2013 n’est pas 1993
L’échec particulièrement cuisant des vacations Latin America de la fin du mois de mai, réside dans la tentative de vente par Sotheby’s d’une huile sur toile importante de Diego : Madre y Niña , superbe scène quotidienne intime et mélancolique qui n’a pas rencontré amateur prêt à faire grimper les enchères jusqu’aux 700 000 $ appelés par l’estimation basse. Il se trouve que cette même œuvre était mise à l’encan il y a 20 ans chez Christie’s dans la même fourchette d’estimation (700 000 $ - 900 000 $, le 17 mai 1993 chez Christie’s puis le 28 mai 2013 chez Sotheby’s). À l’époque, le marché de l’art connaissait un effondrement après une bulle spéculative qui explosa avec le crash boursier de 1987. Malgré cette crise, 60 % des œuvres de l’artiste vendues à plus de 700 000 $ ont été acquises dans les années 1990 et non dans les années 2000 , et une seule toile a passé ce seuil après 2010 (The Old Hamlet, Toledo de 1913, adjugée 825 000 $ le 25 mai 2011 chez Sotheby’s). Entre ces deux périodes, le marché de Diego ne s’est pourtant pas trouvé sous-alimenté en toiles. Bien au contraire, puisque le nombre de toiles offertes dans les années 2000 progressait de 25 % par rapport à l’offre des années 1990. Ce récent défaut de vente de Madre y Niña témoigne donc d’une certaine timidité sur les grands artistes latino-américains, qui sont encore très loin des records européens et américains.
Ils font mieux que Diego Rivera
Les maisons de ventes ont donc compté sur d’autres artistes que Diego pour leurs meilleures adjudications, en l’occurrence sur Joaquín TORRES GARCIA, Sergio DE CAMARGO, Carlos CRUZ-DIEZ (qui a établi un nouveau record à 700 000 $ chez Sotheby’s le 28 mai avec Physichromie Ubs Rouge de 1975), l’inévitable Fernando BOTERO, Cándido PORTINARI, Alfredo VOLPI et Alfredo RAMOS MARTINEZ.
Les artistes les plus rentables pour les maisons de ventes sont Fernando Botero, sans surprise, qui revient quatre fois dans le Top 20 des ces vacations et Rufino Tamayo avec trois des 20 meilleures enchères de mai 2013.
Néanmoins, les artistes brésiliens sont particulièrement bien classés par rapport aux autres, qu’ils soient Colombiens, Mexicains, Vénézueliens ou Chiliens. Sergio De Camargo plantait en effet une enchère à 700 000 $ chez Sotheby’s avec un relief de 1969 (Untitled (Relief No 263) de 1969), tandis que Candido Portinari dépassait le million et générait le plus beau coup de marteau de la vente Christie’s (Meninos soltando pipas, 1941) et qu’Alfredo Volpi plantait 3 des 10 meilleures enchères de la soirée.