Le Lehmbruck Museum de Duisbourg consacre en 2026 une grande exposition à Anish KAPOOR (né en 1954 à Mumbai), l’un des sculpteurs les plus influents de sa génération, à l’occasion de l’attribution du prix Wilhelm-Lehmbruck 2025 qui distingue son “œuvre de pionnier”. Le musée insiste sur le fait qu’il s’agit de la présentation la plus complète d'Anish Kapoor en Allemagne depuis plus d’une décennie, couvrant cinq décennies de création.

Lehmbruck Museum Duisbourg. shutterstock.com
Le Wilhelm-Lehmbruck-Preis, attribué par la ville de Duisbourg et le Landschaftsverband Rheinland, récompense régulièrement des figures majeures de la sculpture internationale, et Anish Kapoor rejoint ainsi un panthéon qui comprend notamment Joseph BEUYS (1921-1986), Richard SERRA (1939-2024), Richard LONG (1945) ou Nam June PAIK (1932-2006). Le jury salue chez lui la “magie des couleurs monochromes chargées de symboles, des surfaces réfléchissantes et des formes monumentales” et le rôle structurant que son œuvre joue dans l’évolution de la sculpture contemporaine.
Une rétrospective ample : cinq décennies de création
L’exposition rassemble 16 œuvres majeures couvrant environ cinquante ans de travail, des premières pièces aux pigments jusqu’aux installations spectaculaires en cire ou aux miroirs déformants. Le parcours permet de mesurer la constance de certaines préoccupations (vide, intérieur/extérieur, perception, couleur) et l’extrême variété des médiums : pigments purs, acier poli, surfaces réfléchissantes, cire projetée, noirs ultra-absorbants.
Pour le Lehmbruck Museum, Anish Kapoor conçoit un dispositif qui exploite spécifiquement les qualités de son architecture moderniste : la lumière naturelle, les grands plateaux, le béton brut et les vues traversantes deviennent des “résonateurs” pour ses œuvres. Le musée souligne que l’exposition ne se contente pas d’accrocher une série d’objets, mais transforme l’ensemble du bâtiment en espace d’expérience, où l’on passe de seuil en seuil, de pièce en pièce, comme à travers différentes “dimensions” sculpturales.
Œuvres et dispositifs : pigments, miroirs, cire, noir absolu
Le parcours s’ouvre sur des œuvres à pigments, ces formes simples recouvertes de couches intenses de rouge, bleu, jaune, qui semblent autant absorber la lumière que la diffuser, posant d’emblée la question de la couleur comme matière quasi métaphysique. On y retrouve aussi des pièces travaillant le noir profond – notamment une œuvre récente utilisant un noir extrême de type Vantablack, Mother as a Mountain (2019), présentée à Duisbourg comme une expérience limite où le volume semble se dissoudre dans un vide optique.
Les célèbres sculptures miroir d'Anish Kapoor occupent plusieurs salles : surfaces convexes, concaves ou ondulées qui renvoient une image déformée du visiteur et de l’espace, brouillant la frontière entre dedans et dehors, réalité et reflet. Les miroirs créent des situations où le public devient partie intégrante de l’œuvre, pris dans un jeu de retournements, de renversements et de perte de repères visuels.
Une pièce phare mentionnée par le musée et la presse est la sculpture en cire Past, Present, Future, une sphère de cire rouge de plus de trois mètres, lentement entamée par un dispositif mécanique. Dans d’autres installations, décrites par les médias comme de “gigantesques machines” projetant de la cire rouge à travers la salle, la matière est littéralement mise en mouvement, éclaboussant murs et sols et montrant la sculpture comme processus plutôt que forme figée.
Thèmes et enjeux : identité, vulnérabilité, infini
Le Lehmbruck Museum place l’exposition sous le signe de questions existentielles : d’où venons-nous, où allons-nous, qu’est-ce qui constitue le cœur de l’humain ? Anish Kapoor travaille sur des notions d’identité et de mémoire, mais aussi sur la vulnérabilité des corps et des structures : la cire molle, les surfaces qui se creusent, les noirs absorbants signalent toujours un point de bascule, une instabilité fondamentale.
Les œuvres sont conçues comme des “espaces d’expérience immersifs” plutôt que comme des objets statiques : elles sollicitent simultanément la vue, l’orientation, parfois même le dégoût ou l’angoisse, en jouant sur ce que la presse décrit comme une “attirance pour l’inquiétant”. Les miroirs qui brouillent le reflet de soi, les volumes qui semblent s’ouvrir sur un vide inaccessible ou les masses de pigment qui absorbent la lumière sont autant de métaphores d’un intime invisible et d’un infini impossible à saisir.
Anish Kapoor face à Lehmbruck : dialogue avec la modernité sculpturale
Sur le plan historique, l’exposition a aussi une dimension de confrontation : le travail d'Anish Kapoor est montré au cœur d’un musée dédié à Wilhelm Lehmbruck, figure majeure de la sculpture expressionniste allemande. Le site Baukunst souligne combien cette rencontre entre “miroir et béton” interroge la modernité d’après-guerre : les surfaces polies et réflexives d'Anish Kapoor répondent aux volumes en béton du musée, comme si la sculpture venait rejouer la tension entre masse, vide et torsion qui traverse tout le XXᵉ siècle.
En recevant le prix Lehmbruck, Anish Kapoor s’inscrit dans une lignée d’artistes qui ont redéfini la sculpture en dialogue avec l’architecture, le paysage et les technologies, et son exposition à Duisbourg actualise ces enjeux dans le contexte d’un musée moderniste emblématique. Pour le public, le parcours offre ainsi une double lecture : celle d’une œuvre individuelle, marquée par l’expérimentation sensorielle et philosophique, et celle d’un dialogue élargi avec l’histoire de la sculpture du XXᵉ siècle à aujourd’hui.
Anish Kapoor sur Artprice
Il reçoit le Turner Prize en 1991, est sacré commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 2003, et expose notamment au château de Versailles après Jeff KOONS (1955), Ufan LEE (1936) et Takashi MURAKAMI (1962). Teintées de spiritualité indienne, ses sculptures engagent un équilibre entre forces opposées. Notre rapport à l’espace et sa perception y est prépondérant, notamment dans ses oeuvres utilisant le miroir ou l’inox (Turning the world upside Down #4). L’intensité et la vibration de la couleur tient aussi une place essentielle dans l’oeuvre d'Anish Kapoor qui s'est offert les droits exclusif du Vantablack en 2016, un noir absorbant plus de 99,9% de la lumière.

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