Jean-Michel BASQUIAT (1960–1988) est l'une des figures les plus étudiées et les plus disputées de l'art contemporain. Né à Brooklyn de parents haïtiens et portoricains, il émerge dans les années 1980 depuis la rue new-yorkaise, avec ses tags SAMO (SAMe Old shit), avant de conquérir en quelques années les galeries de SoHo, puis les grandes institutions mondiales.
Son œuvre se construit autour d'un vocabulaire visuel dense et immédiatement reconnaissable : couronnes, squelettes, têtes anonymes, mots barrés, références à l'anatomie, à l'histoire afro-américaine et aux mécanismes du capitalisme. Chaque toile fonctionne comme un palimpseste, une superposition de couches picturales et textuelles où rien n'est jamais totalement effacé.
L'exposition du Pérez Art Museum Miami prend le parti de décomposer ce langage en trois entrées complémentaires — les figures, les signes et les symboles — pour offrir au public une lecture structurée d'une œuvre souvent perçue comme instinctive, mais profondément construite.

Perez Art Museum à Miami - MIAMI, USA. shutterstock.com
Figures : le corps comme territoire politique
Le premier axe de l'exposition explore la représentation du corps dans l'œuvre de Jean-Michel Basquiat. Ses figures humaines, souvent dépouillées de leur peau, réduites à des structures osseuses ou fragmentées, incarnent une réflexion sur la violence raciale, la vulnérabilité du corps noir dans la société américaine et la mémoire des luttes.
Ces représentations ne sont jamais gratuites : elles convoquent l'histoire de l'esclavage, les icônes sportives et musicales afro-américaines, et une conscience aiguë des rapports de domination. Le PAMM, musée ancré dans la réalité multiculturelle de Miami, offre un espace particulièrement pertinent pour accueillir et contextualiser cette dimension.
Signes : entre écriture et peinture
Le deuxième axe se concentre sur l'usage du texte et des signes graphiques. Chez Jean-Michel Basquiat, les mots ne sont jamais décoratifs : ils annotent, contredisent, raturent et complètent l'image. Ses emprunts au dictionnaire médical, aux partitions de jazz, aux traités d'anatomie ou aux listes de noms propres construisent une encyclopédie personnelle, à la fois érudite et subversive.
Cette section met en lumière la dimension littéraire et intellectuelle d'un artiste souvent réduit à son image de « peintre de rue », alors qu'il était un lecteur vorace, nourri de Gray's Anatomy, de la mythologie grecque et de la poésie beat.
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