Paul KLEE naît en 1879 près de Berne, dans une famille de musiciens. Longtemps hésitant entre une carrière de violoniste et la peinture, il choisit finalement les arts plastiques et poursuit une formation à Munich à la fin des années 1890.
Au début du XXᵉ siècle, il voyage en Italie pour se confronter aux grands modèles de l’Antiquité et de la Renaissance, ce qui nourrit sa réflexion sur la ligne et la structure du tableau. De retour en Suisse, il développe un travail indépendant, explorant déjà la gravure, l’aquarelle et la peinture sous verre.
Installé ensuite à Munich avec son épouse, la pianiste Lily Stumpf, Paul Klee découvre les œuvres de Vincent VAN GOGH (1853-1890) et de Paul CÉZANNE (1839-1906), puis rencontre les artistes du Blaue Reiter. Il participe à leurs expositions et se rapproche de Wassily KANDINSKY (1866-1944), Franz MARC (1880-1916) et August MACKE (1887-1914). En 1914, un voyage en Tunisie marque un tournant décisif : la lumière et les couleurs du Maghreb transforment son rapport à la couleur, qu’il ne cessera de considérer comme un principe vital de la peinture.
Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale dans un service administratif, Paul Klee parvient à continuer à produire. Au début des années 1920, il bénéficie de rétrospectives importantes en Allemagne et commence à être reconnu comme l’une des grandes figures de la modernité.
Au Bauhaus, entre pédagogie et modernité
En 1920, Paul Klee devient professeur au Bauhaus de Weimar, sur invitation de Walter Gropius. Il y enseigne la théorie de l’art, notamment la couleur, la forme et la dynamique de la ligne, et développe une pensée pédagogique qui influencera durablement les écoles d’art.
Ses cours, ses notes et ses schémas analytiques sur la construction du tableau font de lui un théoricien majeur de la modernité. Son travail se situe à la croisée de plusieurs courants : il emprunte au cubisme pour la structure, à l’expressionnisme pour l’intensité, au surréalisme pour la dimension onirique, tout en poursuivant une voie personnelle vers l’abstraction.
Après le transfert du Bauhaus à Dessau, puis son passage à l’Académie de Düsseldorf, Paul Klee poursuit cette double carrière d’artiste et de pédagogue. Dans le même temps, ses œuvres circulent à l’international, notamment à travers des expositions aux États-Unis.
Face aux régimes totalitaires et à la maladie
L’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne bouleverse la trajectoire de Paul Klee. Classé parmi les artistes « dégénérés », il est contraint de quitter l’Académie de Düsseldorf, ses œuvres sont saisies et certaines sont montrées dans les expositions de propagande contre l’art moderne.
En 1933, Paul Klee quitte l’Allemagne et retourne en Suisse, à Berne. C’est à cette période qu’apparaît une maladie grave, la sclérodermie, qui l’affecte physiquement tout en coïncidant avec une intensification spectaculaire de sa production. Malgré la souffrance, il réalise chaque année des centaines d’œuvres, parfois plus d’un millier, dans une sorte d’urgence créative.
Il meurt le 29 juin 1940 à Muralto, près de Locarno, laissant un corpus de plusieurs milliers de tableaux, dessins et aquarelles, ainsi qu’un ensemble théorique qui continue d’être étudié et publié.
Un style singulier et des œuvres majeures
L’art de Paul Klee est souvent qualifié de poétique. Sa peinture se construit sur des rythmes, des signes et des harmonies colorées plutôt que sur la simple imitation du réel. Fasciné par la nature, les écritures et les architectures imaginaires, il conçoit le tableau comme un espace où l’invisible et le visible dialoguent.
Son vocabulaire plastique mêle formes géométriques, silhouettes enfantines, signes proches de l’idéogramme et arabesques inspirées des motifs textiles ou des arts populaires. Après le choc tunisien, la couleur devient centrale : il développe des compositions en carrés et rectangles colorés, parfois comparées à des tissages ou des mosaïques.
Parmi ses œuvres les plus connues, on cite régulièrement Aufgehender Stern de collection de la Fondation Beyeler, oeuvre dans laquelle on peut lire l’idée d’un mouvement ascendant, typique de ses compositions où la géométrie, la couleur et le rythme du dessin suggèrent un cheminement intérieur plus qu’une simple scène figurative.
