Sous la nef rénovée du Grand Palais, Art Paris réunit 170 galeries pour célébrer sa 27e édition. Entre promotion des talents français, place accrue aux artistes femmes et ouverture aux scènes internationales, le salon affirme plus que jamais son identité engagée et contribue au rayonnement du Marché de l’Art en France.
Sous la nef rénovée du Grand Palais, la 27e édition d’Art Paris s’inscrit dans un subtil équilibre entre art moderne, contemporain et nouvelles générations à découvrir. Le salon met à l’honneur la diversité du Made in France, tout en accordant une place de choix à la peinture figurative et aux artistes femmes.
Guillaume Piens partage sa vision d’une foire engagée et en constante évolution, à découvrir en visitant Art Paris du 3 au 7 avril.
Guillaume Piens @ Céline Nieszawer. Grand Palais, Paris © Marc Domage
Art Paris célèbre sa 27ᵉ édition cette année. Quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui ont contribué à l’évolution et à la croissance de la foire depuis sa création ?
J’ai repris les destinées d’Art Paris en 2012 avec un concept que j’avais intitulé « régionalisme cosmopolite »: l’idée était de se concentrer sur la scène française tout en s’ouvrant à d’autres géographies peu représentées en France – d’où des focus chaque année sur des pays ou des régions (la Russie, la Chine, Singapour, la Corée du sud, l’Afrique, l’Amérique latine). Puis j’ai décidé, à partir de 2020, d’explorer des thématiques axées sur les enjeux contemporains, en y associant des commissaires invités. Ce fut par exemple en 2022 un focus sur l’écologie et l’environnement avec Alfred Pacquement et Alice Audouin, doublé d’une éco-conception de la foire basée sur l’analyse du cycle de vie. Cela a permis à la foire de réduire son impact environnemental de 25 tonnes de déchets en 2021 à 10 tonnes en 2024.
D’autres focus se sont intéressés aux questions de l’engagement, de l’exil, de l’utopie, de la relation entre Art & Craft. Toutes ces initiatives ont forgé l’ADN d’Art Paris : une foire régionale et cosmopolite, orientée vers la découverte, qui explore et défriche la création moderne et contemporaine au printemps.
Et grâce à ce travail et à ce positionnement précis, Art Paris est devenu un grand rendez-vous qui donne la tendance. Des facteurs extérieurs ont également contribué à l’essor d’Art Paris et à sa réussite : le Brexit a partir de 2016 qui a fait basculer l’attention internationale de londres vers Paris, la pandémie en 2020 qui a provoqué la disparition de la Fiac en 2021 tout en redonnant toute son importance à la proximité et au locale, l’arrivée d’Art Basel Paris qui place la Ville lumière au centre de tous les regards et attise le désir d’être à Paris que ce soit pour les galeries comme les collectionneurs internationaux, sans parler de l’incroyable richesse de l’écosystème parisien qui est l’un des atouts d’Art Paris, foire qui valorise le Made in France.
Cette édition voit une augmentation notable du nombre de galeries participantes, passant de 136 à 170, avec une représentation de 60 % de galeries françaises et 40 % d’internationales. Comment parvenez-vous à maintenir cet équilibre entre identité française et ouverture internationale ?
La sélection 2025 est le fruit d’une négociation subtile entre le local et le global. Nous sommes attentifs avec le comité de sélection à mettre en avant la richesse de l’écosystème des galeries hexagonales : des enseignes incontournables en art moderne et contemporain aux galeries de régions, tout en passant par le soutien aux plus jeunes structures, notamment au sein du secteur Promesses dédié à la création émergente. C’est aussi ce qui nous différencie de la foire Art Basel Paris qui se tient en octobre et contribue au rayonnement de la capitale, la seule ville en Europe aujourd’hui à accueillir deux grands rendez- vous pour l’art moderne et contemporain.
Comment Art Paris s’assure-t-il de proposer des œuvres accessibles aux jeunes collectionneurs tout en offrant des pièces prestigieuses pour les collectionneurs établis ?
La foire a pris le parti de développer le secteur Promesses dédié à la création émergente. Celui-ci installé sur les balcons de la Nef centrale passe à 25 galeries. Il permet à de jeunes collectionneurs de faire des acquisitions à moins de 5 000 euros. Il y a aussi la présence d’éditeurs au sein du salon : Dilecta, 8+4 mais aussi MEL publishers où l’on peut trouver des lithographies de grands artistes a environ 800 euros.
Le parcours thématique “Immortelle : un regard sur la peinture figurative en France” est l’une des nouveautés de cette année. Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de ce projet et sur ce que les visiteurs peuvent en attendre ?
“Immortelle” est née d’une première exposition au MOCO Montpellier sous l’impulsion de Numa Hambursin, directeur général et Amélie Adamo, commissaire indépendante, qui évoquait à la fois la permanence et la montée en puissance de la peinture figurative en France.
La thématique pour Art Paris propose une sélection de 30 artistes historiques et contemporains. Nous souhaitions, avec les commissaires, inscrire cette peinture figurative dans une histoire et non pas donner juste le reflet d’un engouement actuel. L’idée était donc de faire des liens avec d’autres générations en commençant par des personnalités comme Jean Hélion (galerie Trigano) pour aller vers les années 1970 avec Gérard Schlosser (galerie Koren) ou Sabine Monirys (galerie Kaléidoscope), les années 80 avec Robert Combas (Strouk gallery) et aborder la période plus actuelle avec notamment Thomas Lévy-Lasne (Les Filles du Calvaire) à l’initiative de l’événement très remarqué “Le jour des peintres” au musée d’Orsay, mais également Barbara Navi (Valérie Delaunay), Laurent Proux (Semiose), Maty Biayenda (Double V)…
Art Paris 2024, Galerie Continua, © Marc Domage
Le nouveau prix “Her Art”, en partenariat avec Marie Claire et la Maison Boucheron, met en avant le talent des artistes femmes. Quelle est l’importance de ce prix pour Art Paris et comment envisagez-vous son évolution dans les années à venir ?
Le nouveau Prix Her Art s’inscrit dans la continuité du travail entrepris par Art Paris autour de la visibilité des artistes femmes depuis plusieurs années. J’ai été l’un des pionniers en confiant à AWARE en 2019 un focus sur les artistes femmes en France . Ce prix s’élève à 30 000 euros. Un engagement fort si on le compare à d’autres prix dans ce sens.
12 finalistes sélectionnées parmi les galeries participantes sont en lice. De différentes générations, elles sont particulièrement engagées dans leur vie et dans leur art. En lançant ce prix en 2025, nous espérons contribuer à une meilleure visibilité des artistes femmes dans un Marché de l’Art qui, pendant longtemps, a privilégié leurs homologues masculins. Il est intéressant de noter que sur 990 artistes présentées sur la foire cette année, 40% sont des femmes. Nous espérons bien sûr que ce prix perdure et qu’il devienne une référence sur un plan international.
Lire aussi : Revalorisation des femmes surréalistes, et des femmes en général, Rapport mondial sur le Marché de l’Art en 2024
Dans un contexte où le Marché de l’Art est en constante évolution, comment Art Paris s’adapte-t-il aux nouvelles tendances et quelles initiatives mettez-vous en place pour rester pertinent et attractif pour les collectionneurs et les galeristes ?
Art Paris est une foire engagée et en constante évolution. Elle a su anticiper les tendances : l’intérêt pour les artistes femmes, la scène africaine, la question de la nature et l’écologie, celle de l’art et de l’artisanat et en 2025 l’ouverture au design, la figuration.
La foire continue plus que jamais son travail de défrichage de l’art moderne et contemporain à travers une programmation riche et diversifiée, qui favorise les découvertes, les croisements et les zones d’hybridité. Elle assume sa différence par son soutien à la scène française, à la jeune génération et le choix de ses thèmes curatoriaux. C’est la force de ses contenus qui la rend pertinente et attractive.
Grand Palais, Paris © Marc Domage