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Marché de l'art

Art : Le grand retour de Cindy Sherman

Communiqué d’Artprice du 28 décembre 2010

Si les grandes foires internationales d’art contemporain ont un rôle de prescripteur, la notoriété de Cindy Sherman a gagné en éclat cet automne . En octobre dernier en effet, plusieurs clichés de l’artiste américaine animaient la FIAC de Paris , notamment sur le stand de la prestigieuse galerie new-yorkaise Metro Picture.

Habituée au Top 10 des enchères de la photographie contemporaine au début du millénaire, l’artiste reprend du souffle après une traversée du désert de deux ans … Jusqu’au printemps dernier, le marché semblait en effet fatigué des jeux de rôle adoptés par Cindy SHERMAN. Au faîte de sa gloire au début du millénaire après une ascension fulgurante (+184% entre janvier 1998 et janvier 2000) , sa cote jouait ensuite aux montagnes russes pendant sept années : essoufflement des prix en 2000, nouveau sursaut l’année suivante, inexorable chute jusqu’en 2006, sur-performance en 2007 (le produit de ventes annuel triple pour frôler les 8,9 m$, porté par la bulle spéculative et un record millionnaire) pour atteindre à la fin de l’année 2009 son niveau le plus bas de la décennie, la cote des prix chutant de 55% en deux petites années . Cette désaffection des acheteurs semble révolue et Cindy Sherman rebondit de plus belle, avec une cote à la hausse de 90% depuis le début de l’année 2010.

Jeux de rôles :

L’œuvre de Cindy Sherman se découpe en plusieurs séries : les premières sont ses Untitled Film Stills (années 1977-1980) dont l’esthétique sage détourne les photogrammes de films noir et blanc des années 50. L’ambiance se durcit considérablement dans les années 80 et 90 avec les séries Fairy Tales, Disasters, Horror and Surrealist Pictures et Masks qui jouent sur le registre du grotesque et de la monstruosité sans se défaire pour autant de la distance ironique qui la caractérise.

Car le cœur de l’œuvre de Cindy Sherman est affaire de distance, celle que l’artiste prend en endossant des centaines de rôles différents : derrière chaque personnage photographié dans sa généreuse galerie de portraits, c’est en effet toujours l’artiste, méconnaissable, qui s’est elle-même grimée. Ses mises en scène jonglent avec les stéréotypes culturels et sociaux d’époques diverses, passant des attitudes cinématographiques convenues à l’usage de prothèses trop visibles pour êtres honnêtes.

Après 33 ans de carrière et une dizaine de séries photographiques, les collectionneurs ont suffisamment de recul pour afficher clairement leurs préférences : peu enthousiasmés par les séries organiques ou monstrueuses, ils privilégient les pièces « historiques » (Untitled Film Stills et Centerfolds/Horizontals de 1981) et les pastiches les plus grinçants, ceux des tableaux de maîtres ou des récentes mondaines sur le déclin.

La reprise :

En mai 2007 par exemple, un « portrait » de Cindy Sherman grimée en jeune Bacchus (dont l’épanchement alcoolique se traduit par le teint verdâtre) doublait sa fourchette d’estimation pour partir à 320 000 $ (Christie’s)… La veille, l’artiste frappait un record millionnaire pour une œuvre de 1981 tirée sur 10 exemplaires (Untitled No.92 adjugé 1,85 m$, Christie’s, 16/05/2007).

Le rythme et la force de ses enchères tournèrent au ralenti quelques mois après ce sommet et son retour sur le devant de la scène date de mars 2010 avec deux surprenants résultats à l’heure des grandes ventes new-yorkaises : son grand tirage Untitled Film Still #63 ("Photographie de plateau sans titre") était cédée 60 000 $ au-delà de l’estimation haute le 9 mars, soit 180 000 $ (3 exemplaires, chez Sotheby’s) . Or, cette œuvre était accessible pour 42 000 $ chez Christie’s en 2001 (18/05/2001). Deux jours après la vente du photogramme #63, un autre portant la référence #194 - que l’on pouvait s’offrir pour 10 000 $ en 1994 - changeait de mains pour 98 500 $ (Christie’s, Cheltenham, Gloucestershire). Ne manquait plus qu’un résultat fort récompensant une œuvre récente pour asseoir la tendance à la hausse, ce fut chose faite l*e 14 octobre dernier avec l’adjudication équivalente à 176 000 € pour une pièce jamais apparue en salles de ventes jusque-là (Untitled (#412) réalisée en 2003 et vendue chez Christie’s pour 155 000 £).*

Les grandes maisons de ventes sont désormais rassurées et misent à nouveau sur l’artiste , proposant pas moins de cinq œuvres à plus de 200 000 $ pour leurs cessions de novembre… Phillips de Pury & Company annonçait même un nouveau record pour Untitled #153, estimée entre 2 et 3 m$ (édition de six exemplaires, 08/11/2010), l’œuvre a tenue ses promesses avec un coup de marteau de 2,4 m$ !

Outre ces envolées, 40% des œuvres de Cindy Sherman sont abordables pour moins de 6 000 $ aux enchères (les photos éditées à plus de 100 exemplaires notamment) et 5% des transactions sont réalisées sur l’hexagone .

Les amateurs français peuvent espérer emporter chez Cornette de Saint-Cyr, Artcurial, Piasa ou Christie’s Paris, l’une des signatures les plus en vogue de la photographie contemporaine, l’une des rares à avoir contaminé à la fois la culture populaire américaine (l’artiste a inspiré Madonna pour des clips et photographies) et française : une récente chanson de Philippe Katerine scande d’ailleurs Cindy Sherman - Pas Morte !

Source © Artprice.com www.artprice.com

Publié le mardi 28 décembre 2010 par Artprice

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