Art : le Top 10 des meilleures adjudications enregistrées à Tokyo depuis le début de l’année 2018
Rang | Artiste | Adjudication | Œuvre | Vente |
---|---|---|---|---|
1 |
Pablo PICASSO |
10 116 533$ |
02/06/2018 iART Co., LTD. Tokyo |
|
2 |
Pierre-Auguste RENOIR (1841-1919) |
2 204 077$ |
Deux Sirènes |
20/01/2018 Mainichi Auction Inc. Tokyo |
3 |
Andy WARHOL (1928-1987) |
1 751 308$ |
Marilyn Monroe |
21/04/2018 Mainichi Auction Inc. Tokyo |
4 |
Matazo KAYAMA (1927-2004) |
1 381 039$ |
Flower |
24/03/2018 Shinwa Art Auction Tokyo |
5 |
Yayoi KUSAMA (1929) |
976 640$ |
Grapes |
20/04/2018 SBI Art Auction Co, Ltd Tokyo |
6 |
Kazuo SHIRAGA (1924-2008) |
906 802$ |
Untitled |
21/04/2018 Mainichi Auction Inc. Tokyo |
7 |
Yayoi KUSAMA (1929) |
783 215$ |
Infinity Nets |
21/04/2018 Mainichi Auction Inc. Tokyo |
8 |
Yoshitomo NARA (1959) |
721 422$ |
Come on |
21/04/2018 Mainichi Auction Inc. Tokyo |
9 |
Yoshitomo NARA (1959) |
577 218$ |
Untitled |
20/04/2018 SBI Art Auction Co, Ltd Tokyo |
10 |
Taikan YOKOYAMA (1868-1958) |
494 735$ |
Mount Fuji |
24/03/2018 Shinwa Art Auction Tokyo |
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Ce qui se vend à Tokyo_
Les Japonais se sont tôt passionnés pour l’art impressionniste et moderne français. Ils ont investi massivement sur les meilleurs signatures de cette période de création être la fin des années 1980′ et le début des années 90′, participant à la bulle spéculative de l’époque. Le milliardaire Ryoei Saito achetait alors le fameux Portrait du Dr. Gachet de Vincent Van Gogh pour 82,5 m$ en 1990 (chez Christie’s à New York) et le Bal du Moulin de la Galette d’Auguste Renoir pour 78,1 millions la même année (chez Sotheby’s). L’art moderne français a toujours été convoité au Japon, surtout depuis la constitution de la collection de Shojiro Ishibashi (1889-1976) qui fit édifier à Tokyo le Bridgestone Museum of Art en 1952 pour accueillir ses chefs-d’œuvre impressionnistes et modernes comprenant des œuvres de Monet, Renoir, Courbet, Rodin ou Brancusi. A*ujourd’hui, l’art moderne français a toujours la cote dans la mégapole nippone*, comme en témoigne la vente récente de la Tête de femme en pleurs de Picasso et des Deux sirènes (1916) de Renoir, des œuvres respectivement vendues pour 10,1m$ et 2,2m$ à Tokyo cette année.
Les collectionneurs japonais n’en oublient pas leur propre histoire de l’art, soutenant leurs compatriotes à de forts niveaux de prix , dont Matazo KAYAMA (1927-2004) , l’une des figures majeures du Nihonga contemporain, un style de peinture japonais qui a puisé son inspiration dans la peinture traditionnelle chinoise du VIIIe siècle et qui s’est profondément renouvelé au XXe siècle grâce à une nouvelle génération d’artistes. L’art délicat de Matazo KAYAMA a permis de remettre au goût du jour ce style de tradition millénaire, dont la maîtrise technique nécessite une dizaine d’années d’études. D’autres artistes talentueux, dont Togyū Okumura (1889-1990), Kaii Higashiyama (1908-1999) ou Ikuo Hirayama (1930-2009) se sont également distingués, diffusant leur travail hors des frontières du Japon, notamment aux États-Unis (le Metropolitan Museum of Art de New York et le Smithsonian Museum à Washington ont acquis des œuvres de style Nihonga). Reconnu et apprécié hors des frontières, l’art de Matazo KAYAMA reste pourtant confidentiel et se vend rarement en dehors du Japon où se trouve la majorité de la production. Aucune de ses oeuvres n’a d’ailleurs été vu dans une salle de ventes française ou américaine depuis 10 ans. A Tokyo par contre, les collectionneurs attendent patiemment les opportunités d’achats. En mars dernier, le dessin intitulé Flower proposé par la Shinwa Art Auction a renouvelé le record de l’artiste, désormais établi à 1,2m$, plus du double d’un précédent sommet remontant à l’année 2000 (Jaku (Solitude), 501 000 $, Christie’s New York le 10 mai 2000). Ses dessins de chats si recherchés peuvent dépasser les 300 000$ en salle, rejoignant les niveaux de prix des fameux chats de son célèbre compatriote Foujita. Artiste précieux et rare, Matazo KAYAMA est un nom à retenir. Il s’impose désormais comme l’un des artistes les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle au Japon.
La mégapole de Tokyo est par ailleurs très ouverte à l’art contemporain, notamment au travail de l’excentrique Yayoi Kusama qui a récemment inauguré son musée éponyme dans le quartier Shinjuku. Les œuvres de Kusama sont très prisées par les collectionneurs japonais qui ont fait grimper l’une d’entre elles, Grapes, au seuil du million de dollars en janvier dernier chez SBI Art Auction. L’appétit pour l’art contemporain ne s’arrête pas à cette signature star, ni à Yoshitomo Nara ou Murakami, les fers de lance du néo-pop japonais, biberonnés à l’imaginaire mangas. Les collectionneurs tokyoïtes sont de grands consommateurs d’art contemporain en règle générale, une passion manifeste sur le terrain des enchères puisque plus de 2 000 œuvres contemporaines ont été adjugées à Tokyo entre l’été 2017 et l’été 2018, ce qui en fait la sixième ville la plus dynamique du monde en terme de lots vendus (pour un chiffre d’affaires de 14m$, donc un prix moyen de 7 000$ par œuvres vendues).
Cette soif d’art contemporain est alimentée par une nouvelle génération de collectionneurs, dont le plus célèbre est le milliardaire japonais Yusaku Maezawa qui partage volontiers le prix de ses nouvelles acquisitions d’oeuvres de Picasso, Warhol, Koons ou Basquiat. Souvenez-vous que monsieur Maezawa s’offrait une toile de Basquiat au prix record de 110,5 m$ en mai 2017 lors d’une vacation Sotheby’s à New York (Untitled (1982), le 18 mai 2017). Ce collectionneur jeune, riche et impliqué ne peut que contribuer à la popularité grandissante des enchères dans son pays.