Richard Prince se nourrit de la culture de son époque comme Andy Warhol le fit précédemment. Entre censure et procès de droit d’auteur, accointance avec les mondes de la publicité et de la mode, ses œuvres aux prix millionnaires séduisent en premier lieu les Américains.
Né en 1949 dans la zone américaine du canal de Panama, Richard PRINCE démarre sa production artistique en 1975 par des collages réalisés à partir de photographies. Dès lors, cette technique d’appropriation - courante dans l’art contemporain - jalonne 35 années de création artistique. A partir de 1977, il commence à re-photographier des photos (issues du New York Times). Cette méthode de travail, à l’encontre du respect du copyright, est à la source de ses œuvres les plus célèbres et de ses plus grands scandales.
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Appropriation, censure et droit d’auteur Son scandale le plus retentissant s’intitule Spiritual America (1983) (1983), photographie d’une photographie de 1975 prise par Garry GROSS, représentant Brooke Shields à l’âge de 10 ans, nue debout dans une baignoire et très maquillée. Cette photographie fut censurée à plusieurs reprises, lors de l’exposition Présumés innocents en 2000 (Bordeaux) puis neuf années plus tard lors de l’exposition Pop Life de la Tate Modern (Londres). C’est ici l’exhibition équivoque du jeune modèle qui choqua, plus que l’appropriation d’une photographie dont il n’était pas l’auteur. Quelques années plus tard, la notoriété de Richard Prince est écrasante et certaines œuvres se disputent à plusieurs millions de dollars . La sensible question du droit d’auteur refait alors surface à la fin de l’année 2008 lorsque Patrice CADIOU porte plainte suite à l’utilisation de ses photographies pour réaliser des collages (série Canal Zone exposée en 2008 à la galerie Gagosian à New York). En mars 2011, la justice américaine tranche en faveur du plaignant, considérant les œuvres de Prince comme « des travaux dérivés, qui enfreignent la loi » . Richard Prince va faire appel tandis que les photos de Patrick Cariou, jusqu’alors inconnues, vont prendre du galon et de la cote.
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2008 : année de tous les excès En guise de clôture de son exposition au musée Guggenheim de New-York (28 septembre 2007 au 9 janvier 2008), Richard Prince dévoile une collection de sacs créés pour l’entreprise de luxe Louis Vuitton. Les tableaux d’infirmières (Nurse) de l’artiste, inspirées des couvertures de romans érotiques des années 50 eurent un succès fou auprès de Marc Jacobs, qui en fit les égéries de la collection printemps 2008 pour la fameuse marque française Louis Vuitton. Dès lors, l’art de Richard Prince devient alors tendance.
Ses expositions et collaborations prestigieuses le propulsent sur le devant de la scène artistique et médiatique. En résultent des résultats d’enchères records. Au terme de l’année 2008, sa cote affiche +550% de hausse en huit ans . Avant l’annonce officielle de sa collaboration avec Marc Jacobs, les toiles de la série Nurse étaient proposées par la galerie Barbara Gladstone pour moins de 100 000 $.
Le premier million d’euros fut atteint en 2006 pour Tender Nurse.
En 2007, Piney Woods Nurse était adjugée l’équivalent de 5,4 m$ (13 nov. 2007, Christie’s) et en 2008, Overseas Nurse se vendait 7,5 m$ (3,77 m£). L’euphorie spéculative est alors à son comble, tant et si bien que le vendeur de l’œuvre et la maison de ventes Christie’s espéraient faire grimper encore plus haut cette Overseas Nurse, estimée dans une fourchette de 4 à 6 millions de livres sterling. Chaque année, le record pour une Nurse gagnait plus d’1 m€, et le record signé par Overseas Nurse équivalait à une hausse des prix de +7 400 % de ce sujet en six ans ! Une telle spirale ascensionnelle ne pouvait perdurer : en décembre 2008, pour la première fois, une toile de la série Nurse est ravalée aux enchères.
Au summum de sa gloire et de ses prix en 2008, la cote de l’artiste américain a ensuite violemment souffert de la correction des prix. Elle se manifeste d’abord lors des ventes new-yorkaises de novembre 2008 où trois œuvres estimées entre 400 000 et 600 000 $ sont ravalées .
Parmi elle, Sotheby’s essuyait un défaut de vente pour un autoportrait de 1980 (ektachrome Self-Portrait sur dix exemplaires), qui cotait pourtant entre 450 000 et 800 000 $ en 2007. A l’époque, Richard Prince devenait l’auteur de la photographie contemporaine la plus chère du marché avec un Cow-boy détourné de la publicité Malboro. Cette icône américaine sur fond de soleil couchant doublait son estimation le 7 février 2007 pour une enchère gagnante de 3 m$ (2 m€), déclassant ainsi, à quelques dizaines de milliers de dollars, la photographie phare d’Andreas GURSKY 99 cent II (2,9 m$, Sotheby’s).
Pendant la période de correction du marché (fin 2008-2009), les enchères millionnaires se sont comptées sur les doigts d’une main : quatre furent tout de même frappées entre janvier 2009 et juillet 2010. Sur la dernière année, sa meilleur enchère récompense Nurse in Hollywood #4, une acrylique de 2004 issue de la collection Halsey Minor et vendue l’équivalent de 5,7 m$ (Phillips de Pury & Company, New York, 13 mai 2010).
Ce résultat exceptionnel, porté par une belle provenance, talonne à 900 000 $ le record de Prince, signé à l’époque faste du marché. L*'heure est donc à la reprise, d’autant que le marché de la photographie américaine haut de gamme est porté par le retour de l’égérie Cindy SHERMAN, honorée d’un record équivalent à 3,4 m$ le 11 mai 2011 (Christie’s, Untitled, 1981, série Centerfolds, estimé 1,5-2 m$).*
La photographie est par ailleurs, pour Cindy Sherman comme pour Richard Prince, un marché à deux vitesses; avec une production plus abordable parallèlement aux œuvres millionnaires. Plusieurs photographies signées Richard Prince s’échangent en salles de ventes pour moins de 7 500 $, notamment les clichés de la série , édités sur vingt-cinq exemplaires, pour les nostalgiques des années 80.