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Marché de l'art

Art : Jean Dubuffet au top de sa cote

Article d’Artprice du 23 mars 2016

Une grande exposition Jean Dubuffet est ouverte à la Fondation Beyeler en Suisse sous le commissariat de Raphaël Bouvier (Jean Dubuffet Métamorphoses du paysage, 31 janvier-8 mai 2016).

L’exposition bénéficie de prêts de musées internationaux et de grandes collections particulières, ainsi que ceux de la Fondation Dubuffet de Paris . Elle s’inscrit en droite ligne d’une histoire féconde entre Dubuffet et Ernst Beyeler, son galeriste pendant des années, celui ayant vendu plus de 750 de ses œuvres. La Collection de la Fondation Beyeler contient elle-même de nombreux chefs-d’œuvre de l’artiste français , l’un de ces artistes ayant révolutionné l’apport de l’art au XXème siècle.

Né en 1901 au Havre d’une famille de négociants en vin, Dubuffet part à Paris une fois son baccalauréat en poche, avec la ferme intention de se consacrer à la peinture. Son cheminement ne sera pas aisé, car il remet rapidement en question les référents artistiques et culturels qu’on lui propose. Après une formation à l’Académie Julian, le jeune Dubuffet tente de trouver sa voie personnelle mais abouti sur une impasse : il renonce à peindre pendant huit ans, et suit la voie familiale dans le commerce du vin . Ce n’est qu’à l’âge de la maturité, vers 40 ans, qu’il décide de revenir pleinement à l’art , et qu’il pose les premières fondations de l’Art Brut (en 1945), visitant à cet effet plusieurs institutions psychiatriques en France et en Suisse. Il s’intéresse à de nouvelles formes d’art hors des sentiers battus, celle des marginaux, des autodidactes, des enfants et des malades mentaux, en lesquelles il trouve le souffle de "l’Art brut préféré aux arts culturels" (d’après le titre de son premier manifeste). Soutenu par la galerie Rive Gauche à Paris et la galerie Pierre Matisse à New York, Dubuffet traverse les années 1950 dans une boulimie et travail et de nouvelles trouvailles . Les séries se succèdent, celle des Pâtes battues, les Tableaux d’ailes de papillons, la série des Vaches, les tableaux d’assemblages, les Topographies, les Texturologies, les Eléments botaniques, les Matériologies, etc. Puis il opère un nouveau virage au début des années 1960. Tout en préparant sa Rétrospective au Museum of Modern Art à New York (1962), il amorce le cycle de L’Hourloupe, qui l’occupe jusqu’en 1974. L’Hourloupe, mot-valise composé du mot "loup" et d'"entourloupe", est un nouvel univers artistique reposant sur trois couleurs essentielles : bleu, blanc et blanc , pour réaliser des peintures, sculptures, architectures et assemblages divers. Cette nouvelle création fut présentée au Palazzo Grassi de Venise en 1964. Reconnu et célébré de son temps, Jean Dubuffet est fortement revalorisé par le marché aujourd’hui, un marché qui s’ouvre naturellement à l’ensemble des "auteurs" d’Art Brut célébrés par son théoricien.

Jean DUBUFFET est aujourd’hui 26ème dans le classement mondial des artistes les plus performants aux enchères.

Il gagne quelques 34 places au classement annuel grâce à une vente hors normes réalisée à New York en mai 2015 .# L’oeuvre en question s’intitule Paris Polka : il s’agit d’une grande toile de 1961 (190 x 220 cm, issue de la série Paris Circus)#, présentée par Christie’s comme l’une des meilleures œuvres connues de Dubuffet, d’où une estimation annoncée "autour de 25 m$".

Le pari était risqué compte tenu du fait que Dubuffet n’avait jamais passé le seuil des 10 millions aux enchères jusqu’alors… Mais l’oeuvre se trouvait être aussi exceptionnelle que la vente curatée dans laquelle elle se trouvait incluse (Looking forward to the past). Non seulement Paris Polka a tenu sa promesse, pour un prix final de 24,8 m$, mais elle a contribué à l’incroyable succès de ce qui fut l’une des plus belle ventes aux enchères de l’histoire (cette vente Christie’s du 11 mai 2015 dégageait 705,9 m$, soit le troisième meilleur résultat de l’histoire des ventes aux enchères publiques, grâce à la vente de 34 lots seulement). Avec la vente de cette œuvre majeure, le record de l’artiste français a gagné plus de 17 millions en un an (le précédent record culminait en effet à 7,4 m$ pour une grande toile de 1963, Cité Fantoche, vendue chez Sotheby’s New York, le 11 novembre 2014). La prise de valeur globale des œuvres de Jean Dubuffet est de l’ordre de +161 % entre 2000 et 2016, pour un marché plus actif aux Etats-Unis (51% du marché) qu’en France (20% du marché), où il a pourtant passé la majeure partie de sa vie.

En 2016, ses meilleurs coups de marteau furent frappés pendant la vente de Christie’s Londres, le 2 février : Veglione d’Ustensiles (1964) est parti pour plus d’1,5 m$, une superbe Texturologie de 1957 a largement doublé son estimation pour un prix final de 629 000 $, et Étanche Ibitryx Monte Crème (1955) a flirté avec les 800 000 $… au final : Dubuffet a rapporté plus de 2,8 m$ en trois coups de marteau. Phillips enregistrait aussi un très bon score pour l’oeuvre Bain de Soleil (1956), vendue 1,7 m$ le 9 février dernier. Par ailleurs auteur de nombreuses estampes (45 % du marché), l’artiste est abordable dans une large gamme de prix : environ 30 % des œuvres sont achetées sous les 5 000 $ aux enchères.

Publié le jeudi 24 mars 2016 par Artprice

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